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Infogérance · 9 min de lecture

Infogérance ou informaticien interne : comment trancher pour une PME

Coût employeur réel, couverture horaire, compétences : le comparatif chiffré entre infogérance et informaticien interne, et la grille pour décider.

Infogérance 9 min

Tant qu'un poste informatique à temps plein ne serait pas occupé toute l'année, l'infogérance coûte moins cher et couvre plus large : un salarié revient en moyenne à 1,44 fois son brut (INSEE, données 2022) pour 1 661 heures annuelles (INSEE, 2024). L'interne devient rationnel quand la charge dépasse un temps plein ou exige une présence quotidienne.

Combien coûte vraiment un informaticien interne ?

Le salaire brut n'est que la base de calcul. Selon l'INSEE, les cotisations sociales et les autres coûts à la charge de l'employeur représentent en moyenne 43,7 % du salaire brut dans les entreprises de 10 salariés ou plus du secteur marchand non agricole (données 2022). Un brut de 100 devient donc un coût employeur d'environ 144.

Pour situer le niveau de rémunération, le baromètre APEC 2025 — enquête menée en juin 2025 auprès de 26 000 cadres du secteur privé — donne une rémunération annuelle brute médiane, fixe plus variable, de 55 k€ pour la fonction « informatique et systèmes d'information », et de 52 k€ en Grand Est. En appliquant le taux INSEE, un cadre informatique payé à la médiane régionale représente donc de l'ordre de 75 k€ de coût employeur annuel.

Ces montants ne concernent que les cadres. Pour un technicien non-cadre, nous n'avons pas trouvé de médiane publique fiable par métier : retenez la mécanique du multiplicateur plutôt qu'un chiffre isolé. Comme repère de cadrage, l'INSEE relève un salaire net moyen de 2 733 € par mois en équivalent temps plein dans le privé en 2024, contre 3 853 € dans le secteur information-communication — l'informatique se paie au-dessus de la moyenne, ce qui joue en défaveur de l'embauche à charge partielle.

À ce coût salarial s'ajoutent des postes que les comparatifs oublient souvent.

  • Le recrutement lui-même. L'INSEE relève que 64 % des projets de recrutement de techniciens informatiques et 67 % de ceux d'ingénieurs informatiques étaient anticipés comme difficiles (données 2023), et que 86 % des entreprises en difficulté de recrutement sur les spécialistes des TIC invoquent un manque de candidats (2024).
  • L'outillage : supervision, télédistribution, ticketing, sauvegarde, antivirus managé, gestion des correctifs. Ces licences sont incluses dans un contrat d'infogérance ; en interne, elles s'achètent séparément.
  • La formation continue et les certifications, à renouveler sur un métier dont les référentiels bougent tous les deux ou trois ans.
  • La couverture des absences : congés, maladie, formation, départ. Un salarié à temps plein couvre 1 661 heures par an en moyenne (INSEE, 2024), sur les 8 760 heures que compte une année.
  • Le risque de dépendance à une seule personne : mots de passe d'administration, historique du parc, contacts opérateurs. Un départ mal préparé coûte plusieurs semaines de reconstitution.

Ce que couvre un contrat d'infogérance, et ce qu'il ne couvre pas ?

L'infogérance délègue l'exploitation courante du système d'information à un prestataire : supervision du parc, mises à jour, sauvegardes, support aux utilisateurs, traitement des incidents, le plus souvent la cybersécurité, parfois l'hébergement. Le contrat fixe le périmètre, les délais d'intervention (SLA) et les plages horaires couvertes.

Nous ne publions pas de tarif générique, et vous devriez vous méfier de ceux que vous croiserez : le prix dépend du nombre de postes et de serveurs, du niveau de SLA, du périmètre cyber et de la présence sur site attendue. Une moyenne de marché citée sans périmètre compare des contrats qui ne couvrent pas les mêmes choses. Faites chiffrer votre parc réel.

Ce qu'un contrat ne remplace pas : la connaissance fine de vos processus métier, l'arbitrage budgétaire, la relation avec vos éditeurs applicatifs quand elle est quotidienne, et la présence physique permanente si votre activité l'impose. Ces quatre points doivent être attribués explicitement — à vous, au prestataire, ou à un profil interne.

Interne ou infogérance : quelles différences, critère par critère ?

Coûts et engagements

  • Structure de coût — interne : charge fixe annuelle, indépendante du volume d'activité · infogérance : forfait mensuel ajustable au nombre de postes et de serveurs.
  • Coût d'entrée — interne : recrutement, intégration, outillage à acquérir · infogérance : audit initial et mise en service, outillage inclus.
  • Charges sur le salaire — interne : environ +43,7 % de cotisations et autres coûts employeur sur le brut (INSEE, 2022) · infogérance : sans objet, le forfait est le coût complet.
  • Élasticité — interne : faible, un mi-temps ne se recrute pas facilement sur ces métiers · infogérance : périmètre renégociable à l'échéance.
  • Visibilité budgétaire — interne : coût salarial connu, mais projets et expertises sous-traités en supplément · infogérance : forfait connu, à condition de borner par écrit ce qui est hors forfait.
  • Sortie — interne : procédure de licenciement et préavis · infogérance : préavis contractuel, avec obligation de restitution des accès et de la documentation.

Compétences, couverture et risque

  • Couverture horaire — interne : 1 661 heures par an en moyenne pour un temps plein (INSEE, 2024) · infogérance : plage contractuelle, avec astreinte possible hors heures ouvrées.
  • Absences — interne : à couvrir par un tiers, ou demandes reportées · infogérance : continuité assurée par l'équipe du prestataire.
  • Étendue des compétences — interne : un profil, donc deux ou trois domaines réellement maîtrisés · infogérance : équipe pluridisciplinaire réseau, serveurs, cybersécurité, téléphonie.
  • Connaissance du métier — interne : forte, par présence quotidienne auprès des utilisateurs · infogérance : à construire, elle dépend de la qualité de la documentation et de l'existence d'un référent stable.
  • Réactivité sur site — interne : immédiate · infogérance : fonction du SLA et de la distance ; vérifiez que le prestataire dispose de techniciens près de vos sites.
  • Cybersécurité — interne : dépend du niveau d'une seule personne · infogérance : vérifiable de l'extérieur par un label, par exemple ExpertCyber, délivré par Cybermalveillance.gouv.fr après audit documentaire et technique d'AFNOR Certification.
  • Conformité RGPD et NIS2 — interne : à porter et documenter vous-même · infogérance : le prestataire documente les mesures techniques, mais la responsabilité juridique reste au dirigeant.
  • Risque de rupture — interne : dépendance à une personne · infogérance : dépendance à un contrat, atténuée par une clause de réversibilité écrite.

Dans quels cas faut-il embaucher un informaticien ?

Il existe des situations où l'interne est objectivement le bon choix, et le dire fait partie du conseil.

  • La charge remplit un temps plein. Si le suivi quotidien, les projets et le support saturent déjà un poste, l'embauche devient cohérente économiquement, et l'infogérance seule serait plus chère à périmètre égal.
  • Vos applications métier sont spécifiques ou développées sur mesure : ERP maison, logiciel de production, chaîne d'automates. Personne d'extérieur n'apprendra cela plus vite qu'un salarié dédié.
  • Une présence physique permanente est requise : atelier où un arrêt coûte cher à l'heure, site en 3×8, établissement recevant du public avec des postes en libre-service.
  • Vous avez plusieurs sites et un flux constant de mouvements utilisateurs, arrivées, départs et changements de postes.
  • Votre secteur ou un de vos clients grands comptes impose un référent informatique identifié et joignable en interne.

Dans quels cas l'externalisation est-elle le meilleur choix ?

  • La charge réelle reste inférieure à un temps plein. C'est le cas le plus fréquent dans les structures de quelques dizaines de postes : payer un temps plein pour une charge partielle est un mauvais calcul.
  • Vous avez besoin de plusieurs compétences rares simultanément : cybersécurité, réseau, virtualisation, téléphonie IP. Un seul salarié ne les couvre pas toutes à un bon niveau.
  • Vous voulez une couverture au-delà des heures de bureau sans organiser d'astreinte interne.
  • Vous n'arrivez pas à recruter. Sur les métiers informatiques, les difficultés sont documentées et structurelles (INSEE), pas conjoncturelles.
  • Votre priorité est la sécurité et vous voulez une compétence vérifiable de l'extérieur : un label audité par un tiers vaut mieux qu'une déclaration sur plaquette.
  • Vous préférez transformer une charge fixe en forfait ajustable, en phase de croissance, de restructuration ou de reprise.

Le modèle mixte fonctionne-t-il vraiment ?

Oui, et c'est souvent la configuration cible au-delà d'une certaine taille. Mais seulement si le partage est écrit. Le modèle mixte échoue quand il reste implicite : chacun suppose que l'autre surveille les sauvegardes, et personne ne les surveille. Le découpage qui tient dans la durée place l'interne du côté des utilisateurs et du métier, le prestataire du côté de l'infrastructure et de la sécurité.

  • Support de proximité et applications métier — interne : premier niveau, formation des utilisateurs, relation avec les éditeurs · infogérance : escalade de deuxième et troisième niveau.
  • Infrastructure et sécurité — interne : suivi et arbitrage des priorités · infogérance : supervision, correctifs, sauvegardes, réponse à incident.
  • Projets — interne : expression des besoins et recette · infogérance : conception, mise en œuvre, documentation.
  • Astreinte et congés — interne : heures ouvrées · infogérance : continuité et remplacement.

Deux conditions pour que ça marche : une matrice de responsabilités nominative, révisée au moins une fois par an, et un accès partagé aux mêmes outils de supervision et de ticketing. Sans cela, le mixte cumule les coûts sans cumuler les bénéfices — c'est le scénario que nous voyons le plus souvent échouer.

Comment trancher concrètement, en une semaine ?

  • Mesurez la charge réelle sur trois mois : nombre de demandes de support, temps passé, projets en attente. Comparez-la au volume d'un temps plein, soit environ 1 661 heures par an (INSEE, 2024).
  • Chiffrez le coût employeur complet de l'embauche envisagée : brut cible multiplié par 1,44 environ (INSEE, 2022), plus outillage, formation et coût de recrutement.
  • Demandez deux chiffrages d'infogérance sur un périmètre écrit strictement identique, en incluant SLA, plages horaires, interventions sur site et liste des prestations hors forfait.
  • Listez ce qui doit rester interne quoi qu'il arrive : applications métier, présence physique, accès sensibles. Si cette liste remplit un poste, embauchez. Si elle en remplit un tiers, externalisez le reste et gardez un référent à temps partiel.

Pourquoi la cybersécurité déplace-t-elle le curseur ?

Parce qu'elle change le seuil de bascule. Le rapport d'activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr, publié en mars 2026, recense plus de 500 000 demandes d'assistance, en hausse de 20 % sur un an, avec une progression de 107 % des demandes liées aux violations de données ; le piratage de compte arrive en tête des menaces touchant les professionnels, en hausse de 45 %.

Un seul profil interne, même compétent, ne tient pas seul la veille, le durcissement des configurations, la détection et la réponse à incident. C'est le domaine où l'effet d'équipe et la vérifiabilité pèsent le plus. Le label ExpertCyber est délivré par Cybermalveillance.gouv.fr après un audit documentaire et technique d'AFNOR Certification, sur les activités de sécurisation, de maintenance et d'assistance. BISPRO en est titulaire.

Pour donner un ordre de grandeur de ce que représente une charge mutualisée : BISPRO, créée en 2012 à Saint-Avold, suit 5 000 appareils pour 215 clients professionnels et réalise environ 5 000 interventions par an. C'est ce volume qui permet de maintenir en permanence des compétences réseau, serveurs, cybersécurité, téléphonie IP et vidéosurveillance disponibles — ce qu'un poste unique ne peut structurellement pas offrir.

Par Nicolas Bourcier · Publié le

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